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La propagande nauséabonde de « l’esprit startup »

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« L’esprit startup » : parvenez-vous seulement à définir ce terme ? Pourtant, parcourez les offres d’emploi postées par les startups ou les cabinets, parcourez Twitter, la blogosphère ou toute page internet dans la « mouvance startup » : ce terme est employé à tout bout de champ comme un label des plus prestigieux. Stoppons la propagande !


 

Je cherche un job dans lequel je me sens bien maintenant !
 
Il n’y a pas une journée où l’on ne croise pas « l’esprit startup » (ici, , , par-ici, par-là, hop, pif, paf, boum, esprit, esprit, esprit, es-tu, , oui, je, suis, ). On « mange de l’esprit startup », on est « doté de l’esprit startup » (magnifique), on « garde l’esprit startup ». Mais qui donc a inventé ce terme ? Qui a eu l’autorisation ? Cette personne savait-elle à quel point il serait vulgarisé et utilisé de façon si indécente ? Aujourd’hui si tu as « l’esprit startup », alors t’as tout compris, t’a gagné, tu peux remballer. Tu fais partie de cette élite respectée, ce « Cercle Majestueux de l’Esprit Startup » : tu deviens intouchable en quelques secondes, le temps d’apposer ce terme hideux sur ton offre d’emploi comme on tatoue un poulet chez Loué. Hey, regarde, je sais tellement pas décrire la culture de ma boite, l’atmosphère qui y règne et nos valeurs que je te dis : « Joker ! J’ai l’ESPRIT STARTUP !« . Alors, toi, jeune innocent, jeune arrivant qui n’a connu que des bureaux moroses à la Défense, ou jeune premier qu’un caïd en blue-jeans-rayban de la cours d’école fait rêver, tu dis « Putain, mais c’est ça ma vie ! », et tu fonces.

Merde, mais quelle mascarade !

Vous avez conscience, vous les recruteurs et les entrepreneurs, de la responsabilité que vous portez avec « l’esprit startup » ? Vous avez conscience que vous hypnotisez chaque jour des dizaines de milliers d’aspirants à une vie meilleure avec ce terme ? Expliquez-nous une bonne fois pour toute votre « esprit startup » ! Est-ce être passionné par ce qu’on réalise, être « pionnier et entrepreneur » et faire la révolution dans un cadre agréable -frigo bien rempli comme au bon vieux temps des soirées étudiantes-, avec des personnes ouvertes d’esprit et un esprit jeune ? Ou bien est-ce être entassés à dix dans dix mètres carrés de matière grise, bosser 12 heures par jour, être payé comme un stagiaire (en plus de vous faire rêver avec des stocks-options) et devoir délivrer un projet d’un an en 2 mois sinon on vous change ?

J’en ai croisé 1000 des esprits startups. Et à chaque fois la réponse était différente. Cher admirateur de l’esprit startup qui travaille encore dans un grand groupe bureaucratique français, sache qu’il y a autant d’esprit startup que de créateur de startup. Et regarde ce qui se cache derrière cet hameçon reluisant. Quelles sont les valeurs fondatrices de l’entreprise vis-à-vis de ses collaborateurs ? Comment l’entreprise traite-t-elle ses clients et ses fournisseurs ?  Quels sont ses partenaires et pourquoi le sont-ils ? Regarde si l’entreprise performe, crée de la valeur et réalise ce qu’elle souhaite ou bien si elle passe plus de temps à jaser dans des salons, à faire des power point ou à se vanter de ce qu’elle aimerait être. Regarde si le « 12 heures par jours de boulot » n’est qu’un épisode de son développement ou bien si son ADN en est déjà pleinement imprégné. Regarde si la passion du dirigeant sur son service ou son produit l’aveugle et aveugle tout le monde. Si tu troques ton salaire contre des stocks-option, regarde les chances que tu as de les toucher un jour. Regarde ce que tu donnes et ce que tu gagnes.
 

Je cherche un job dans lequel je me sens bien maintenant !
 

J’ai croisé des startups qui ont trouvé un excellent équilibre (et oui, c’est super dur de trouver un équilibre pour que tout le monde y trouve son compte et que la boite se développe comme on le souhaiterait). Et d’autres qui se sont noyées dans leur « esprit startup » faute de s’être posées certaines questions fondatrices. Si vous avez créé une startup dont vous êtes fier et dont vous souhaitez vanter les mérites, ne DITES PAS « on a l’esprit startup » : PRENEZ 5 MINUTES pour décrire votre esprit. De ce fait vous attirerez les personnes qui VOUS correspondent et qui vous aideront à créer de la valeur, et non celles qui cherchent un « esprit startup », c’est à dire tout et rien à la fois.

Par ailleurs, cette propagande de « l’esprit startup » est d’autant plus pernicieuse qu’elle prétend dire : il y a « nous » et puis il y a les autres. Il y a ceux qui ont l’esprit startup et ceux qui ne l’ont pas, sous entendu tous les autres types d’entreprises : les PME, les grands groupes ou bien simplement les entreprises fondées avant le raz-de marées de « l’esprit startup ». Ou encore les startups qui paraissent moins « cool » de l’extérieur, qui sont plus passe-partout, mais qui peuvent dépoter dix fois plus de l’intérieur ! Recruteurs et entrepreneurs, non seulement vous faites un carnage avec vos candidats à qui vous promettez tout avec ces deux mots, mais en plus, summum du snobisme, vous détruisez tout un pan de l’économie française en sous-entendant que vos lecteurs ne pourront espérer trouver leur Saint Graal dans cette autre « catégorie vieillote d’entreprises ». Un peu comme un ado qui dirait « attends tu vas quand même pas suivre tes parents en vacances ? C’est le seum grave ! ». Hey mec, les parents c’est bien, mais on s’en rend compte que plus tard. Hey mec, j’ai croisé autant de PME géniales que de startups géniales où les collaborateurs s’épanouissaient. La PME a souvent en plus l’avantage d’avoir plus de stabilité, de visibilité, de puissance d’action, de maturité niveau management (c’est un apprentissage sans fin le management, en tout cas j’en ai bien l’impression), et d’expérience terrain. Attention, je ne dis pas que les PME c’est mieux, c’est juste différent, en tout cas ce n’est pas moins bien (ou moins « in ») qu’une startup qui a « l’esprit startup ».

Créateurs de boites, recruteurs, cabinets : arrêtez vos conneries sérieux. Et mettez-vous au boulot, posez-vous les vraies questions sur votre boite ou celle de votre client. Demandez-vous quel est l’esprit dans votre startup plutôt que de fanfaronner avec votre « esprit startup ». Encore une fois, certaines startups cartonnent aussi bien d’un point de vue business qu’humain : de grâce, décrivez qui vous êtes, décrivez votre culture, la langue française est tellement riche en adjectifs !

Romain

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10 commentaires

  • Alors voilà : félicitations pour l’article, le ton est bon et incisif, le contenu documenté et intéressant. En bref, ça interpelle. Maintenant sur le fond, pas forcément d’accord, enfin si : sur le fait qu’il y a des effets de mode dans le langage qui sont totalement inintéressants.
    Mais concrètement, l’esprit startup, c’est comme de dire qu’on veut des gens motivés, ou dynamiques, ou impliqués. Ca me rappelle quand je débutais et que je voyais les annonces d’embauche parlant « d’environnement d’excellence ». C’est clair que tout ça c’est un peu du bullshit, mais c’est aussi le jeu : c’est tellement subjectif…
    Imaginons un instant une annonce qui décrive les choses manière plus prosaïque : « Jeune société qui peine à décoller cherche jeune développeur prêt à travailler dur pour un salaire juste juste (mais on peut pas faire mieux). Super ambiance potache dans nos 10m2 que nous partageons à 5 dans la bonne humeur et les odeurs corporelles. » Bon, tout de suite, c’est moins vendeur que « l’esprit startup » non ?

  • Johnny Starteupe dit :

    Salutaire coup de gueule contre ce snobisme « startup » si risible, que je connais bien !

    L’ironie veut que ceux-là même qui croient avoir le monopole de l’ « innovation », de la « créativité », etc. utilisent un jargon qui vient tout droit du « corporate bullshit » des grands groupes qu’ils méprisent.

    Au passage, il suffit d’arpenter les soirées et salons d’entrepreneurs parisiens pour comprendre que certains passent davantage de temps à se gargariser de l’ « entrepreneuriat » et l’ « esprit startup » qu’à réellement créer quoi que ce soit d’utile et de nouveau.

  • JobProd dit :

    @Vincent Merci pour votre commentaire et pour votre intérêt :) Ce passage m’a bien fait rire : « « Jeune société qui peine à décoller cherche jeune développeur prêt à travailler dur pour un salaire juste juste (mais on peut pas faire mieux). Super ambiance potache dans nos 10m2 que nous partageons à 5 dans la bonne humeur et les odeurs corporelles. » »

    –> Je pense que les startup ont tout intérêt à être transparentes sur leurs atouts et là où elles pêchent : un recrutement réussi c’est un recrutement transparent. Après, évidemment, il faut savoir mettre les formes et votre paragraphe, c’est clair, ne donne pas envie :) Je pense qu’on y gagne à montrer le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide.

    –> Je suis sûr que vous pourriez retravailler le paragraphe ci-dessus et le transformer en quelque chose d’excitant. Pour chaque point négatif, il y a un revers de la médaille positif. Le salaire est bas ? Oui, mais votre progression et votre apprentissage va prendre l’autoroute.

    A vous d’identifier vos atouts et de les mettre en avant (il serait dommage de vous sous-vendre), sans occulter les points sensibles et plus difficiles car ils ressortiront très très rapidement.

    • Evidemment, on se rejoint là-dessus : il faut être transparent, mais il faut aussi savoir séduire. Maintenant je présente les pires aspects du job en entretien pour être sûr que le nouvel employé potentiel soit conscient de là où il met les pieds. Mais je lui présente aussi tous les bons côtés que cela représente par ailleurs, que ce soit en terme d’expérience ou de solidarité dans le travail en équipe.

      Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas se louper sur un recrutement, vu l’investissement que cela représente à tout point de vue (temps, risque, coût…). Au plaisir ;)

  • JobProd dit :

    @Johnny Ca sent le cri du coeur ! Dites vous avez fait un cran au dessus de l’article non ?

    Effectivement il y a un snobisme à « arpenter les soirées d’entrepreneurs », mais je n’en ferai pas une généralité non plus. Certains m’ont permis de faire de belles rencontres :)

    En tout cas, c’est vrai que « l’esprit startup » peut être une « façade » derrière laquelle il y a un vide. Et je trouve ceci dangereux tout comme le « corporate bullshit » comme vous dites.

    Merci pour votre commentaire !

  • Henri dit :

    Nom d’un chien… on pourrait presque le chanter sur l’air d’Antisocial, votre article ! Surtout les paragraphes 3 à 5.

  • edonis dit :

    Alors là bravo, c’est vrai que c’est devenu réellement n’importe quoi cet « esprit startup » alors qu’aujourd’hui, on ne cesse de clamer haut et fort que la culture d’entreprise est importante pour faire venir les talents. En se définissant comme esprit startup, je ne comprends pas comment une entreprise peut argumenter et présenter sa culture d’entreprise.

    Merci pour ce coup de gueule, ça fait du bien à lire et je le partage largement pour le faire découvrir.

    +

  • Cholaloula dit :

    En même temps et pour résumer, c’est un néologisme qui s’adapte à une nouvelle typologie d’entreprise.

    Une entreprise parfois système D, donc en gros au lieu d' »état d’esprit Start-Up » nous pourrions parler de candidats non « psychorigides » mais avouez que c’est tout même moins sympa pour le coup.

    Après je rejoins le tout et n’importe quoi, le fourre-tout impressionnant, que ce terme est devenu, mais bien utilisé il est aussi commun qu’un « je like », je « googlise », j' »instagramise », avant tout un effet de mode inhérent à notre époque, mais un effet qui va droit au but, et on parle souvent de RH qui passent 30 secondes devant un CV, mais le schmilblick s’applique aussi aux candidats avec les annonces !

    Coup de gueule pas suffisamment constructif à mon gout, jouer sur les mots et critiquer l’élitisme s’y gargarisant soi-même est en soi une ironie tout de même…

    My 2 cents.

  • Sébastien dit :

    Le principe de la « Startup » c’était pas de se faire racheter rapidement pour le concept innovant en développement ?
    Culture d’entreprise qui n’existera plus dans 6 mois c’est léger pour du recrutement,à moins que je sois trop vieux pour avoir connu les débuts de l’internet et être has been sur les « nouveaux » usages de vieux concepts.

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